Forts en anathèmes

Edito
S. Barensky. Crédit : C. Deligey - Aerospatium.

Plutôt que de se laisser démoraliser par le contexte géopolitique, intéressons-nous aux invectives fleuries et aux noms d’oiseaux que ce sont échangés deux personnalités hautes en couleur du secteur aéronautique et spatial, Michael O’Leary et Elon Musk. Tout a commencé lorsque le premier, à la tête de la compagnie emblématique du low cost Ryanair a expliqué qu’il n’équiperait pas ses avions de terminaux Starlink. Selon lui, les radômes protégeant les antennes augmenteraient la traînée de ses appareils et donc la consommation en kérosène. Le surcoût ne serait pas compensé par la marge sur l’offre de wifi qui pourrait être proposée à bord.

Le patron de SpaceX l’a aussitôt traité sur son réseau X d’« idiot », de « connard attardé » et même de « chimpanzé insupportable », en menaçant de racheter Ryanair et d’en confier les rênes à un quelconque Ryan. Michael O’Leary, de son côté, a expliqué qu’Elon Musk n’était qu’un « imbécile qui ne sait pas comment vole un avion » et lancé une promotion « spécialement pour les idiots » avec des billets à 16,99 €.

En d’autres temps, ils se seraient rencontrés sur un pré à l’aube, avec leurs témoins, pour régler ça à la rapière ou au pistolet entre gentlemen… ce qu’ils ne sont pas.

Dans un monde où Donald Trump singe les autres chefs d’État à la tribune de Davos et tente de leur arracher d’inacceptables concessions à coup de menaces douanières et de gesticulations militaires, comment s’étonner de cette décomplexion dans l’insulte ? Après les excès du « politiquement correct », nous voici entraînés dans un monde au-delà de la franchise et du cynisme, où l’invective l’emporte sur le fleuret moucheté. La politesse disparaît, et la diplomatie avec elle.

Tant mieux, si cela nous ouvre enfin les yeux sur la nature de nos alliés et partenaires, mais évitons – pour leur résister – de nous abaisser à leur niveau. « For sure ! ».

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