Premier essai en vol du GBI depuis 2014

Un EKV CE-2 en préparation. Crédit : Raytheon.
La Missile Defense Agency américaine a réalisé un tir de démonstration sans interception de son intercepteur balistique sur fond de tension nucléaire avec la Corée du nord.

Le 28 janvier, un engin cible composé de deux étages de missiles Minuteman, a été largué d’un avion porteur C-17 au large de l’archipel d’Hawaii. Stabilisé par des parachutes, il a été mis à feu pour simuler un missile balistique hostile larguant une ogive inerte et des leurres sur une trajectoire offensive.

Quelques minutes plus tard, après détection du missile et modélisation de sa trajectoire, un engin GBI (Ground-Based Interceptor) était mis à feu de la base californienne de Vandenberg pour une interception de l’ogive à mi-course, hors de l’atmosphère. Réalisé sous maîtrise d’œuvre de Boeing, le GBI se compose d’un lanceur OBV (Orbital Boost Vehicle) fourni par Orbital ATK et d’un intercepteur cinétique EKV (Exoatmospheric Kill Vehicle) développé par Raytheon.

Déficit de performance

Le GBI jaillit de son silo à Vandenberg pour le vol d'essai CTV-02+. Crédit : MDA.
Le GBI jaillit de son silo à Vandenberg pour le vol d’essai CTV-02+. Crédit : MDA.

Aucune interception réelle n’était prévue lors de ce vol : l’EKV s’est contenté de détecter et discriminer l’ogive des leurres puis de définir une trajectoire d’impact. Il a ensuite testé de nouveaux  propulseurs latéraux pour les manœuvres de pilotage en force jusqu’à épuisement des ergols. Le déficit de performance de ces propulseurs avait été cité en juin dernier par un rapport du GAO – la Cour des comptes américaines – comme un des deux défauts techniques majeurs qui pourraient rendre inopérants dix-huit des GBI déjà déployés.

Cet essai était le cinquième de l’EKV de type CE-2 (Capability Enhancement) dont le développement a été lancé en 2005. Introduit en 2010, il avait commencé par enregistrer deux échecs en janvier et décembre, en raison de problèmes de guidage et de contrôle de la qualité. Il a fallu attendre janvier 2013 et un vol de contrôle sans interception pour vérifier que le problème avait été identifié et résolu. L’EKV CE-2 a ensuite réussi sa première – et jusqu’ici seule – interception le 22 juin 2014.

Un déploiement politique

Entre-temps, la remise à niveau de l’EKV CE-1, qui équipe les vingt premiers GBI, n’a pas vraiment tenu ses promesses, puisqu’après 25 modifications majeures, il a également essuyé un échec en vol en juillet 2013, probablement lié aux défauts relevés deux ans plus tard par le GAO.

Pour respecter le calendrier politique de l’administration Bush, le GBI a été déployé opérationnellement en 2004 avant même d’avoir accompli la moindre interception. À ce jour, trente intercepteurs sont en alerte : 26 à Fort Greely, en Alaska, et quatre à Vandenberg. Leur mission principale est l’interception d’une frappe balistique nucléaire limitée sur le territoire américain continental, par exemple en provenance de Corée du nord. Le système est d’une taille trop limitée pour contrecarrer une attaque de pleine ampleur en provenance de Chine ou de Russie. Sept GBI de plus seront mis en service à Fort Greely d’ici la fin de l’année et encore sept de plus par la suite, à un coût unitaire de 75 M$. Vingt-deux autres GBI ont été commandés pour effectuer des tests ou servir de réserve. En huit tentatives depuis 2006, le GBI a réussi quatre interceptions, toutes diurnes.

La menace nord coréenne

Le premier essai thermonucléaire nord-coréen, le 6 janvier, a ravivé les tensions entre Pyongyang et Washington. La Corée du nord poursuit ses développements de vecteurs nucléaires. Après l’échec du premier véritable tir d’un missile balistique embarqué Bukkeukseong 1 (KN-11) à partir d’un sous-marin de classe Sinpo le 28 novembre dernier, l’achèvement de nouvelles installations au centre spatial de Sohae laissaient présager le tir d’essai d’un missile de longue portée. Le 2 février Pyongyang a finalement annoncé un nouveau lancement de satellite d’ici la fin du mois de février.

Re-conception

Une re-conception de l’EKV a été décidée par la Missile Defence Agency en 2014. Ce RKV (Redesigned Kill Vehicle) est en cours de développement sous la direction de Raytheon. Selon le calendrier de la MDA, ce nouvel intercepteur devrait effectuer son premier vol en 2018, puis sa première interception en 2019 avant d’être déployé en 2020. À ce stade, le coût total du programme a été évalué à 41 Md$. Le GBI doit rester en service jusqu’en 2032.

Le RKV doit voler en 2018. Crédit : Raytheon.
Le RKV doit voler en 2018. Crédit : Raytheon.

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