Suppositions

Au sortir d’une crise du Covid-19 qui a rendu caduques toutes les prévisions socio-économiques, nous avançons dans un monde moins bien balisé que ce à quoi nous étions habitués. Cette absence de repères ébranle nos convictions et fait grandir les inquiétudes sur l’avenir. En période pré-électorale, ces angoisses existentielles, terreau de revendications, prospèrent et foisonnent.

Et si le marché de l’aérien ne reprenait jamais ? Le rebond de l’été passé n’a pas effacé dix-huit mois de crise et déjà le pronostic vital du secteur est engagé. Mais on oublie au passage que deux des marchés les plus importants – la Chine et les liaisons entre Europe et États-Unis – n’ont pas été rouverts.

Et si la décarbonation de l’industrie échouait ? Le risque existe, surtout si on n’essaie pas.

Et si l’Espagne achetait des F-35 pour remplacer ses Harrier ? Madrid tuerait-il ainsi le programme Scaf ? En tout cas, elle ne pourra pas choisir le NGF, à moins de remplacer aussi ses porte-avions. Quant au Scaf, son principal péril reste l’axe franco-allemand.

Et si ArianeGroup se tournait vers les lanceurs réutilisables ? Comment dans ce cas garder la compétence sur la propulsion solide de la dissuasion ? Il est dur d’imaginer le maître d’œuvre d’Ariane mettre en danger la moitié la plus stable de ses revenus.

Pour avoir grandi sous la menace de la Guerre froide et passé plus de vingt ans dans la crainte d’une annihilation nucléaire sans préavis, j’ai appris, d’une part que le pire n’est jamais certain, et d’autre part que l’esprit humain a une incroyable ingéniosité et une étonnante capacité à déjouer le destin. Ce qui ne nous tue pas rend plus fort, disait Nietzche. Encore faut-il choisir de résister et de survivre.

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