Un salarié de Boeing sur chaque vol de 737 MAX

    737 MAX
    Dans la famille 737 MAX, seules les versions 737 MAX8 et MAX9 sont certifiées. Crédit : Boeing.
    À crise exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Pour redonner confiance aux passagers, Boeing a décidé de faire monter un de ses salariés sur chaque vol de 737 MAX. Cette décision est applicable immédiatement et doit prouver que l’avionneur prend les craintes de ses clients au sérieux.
     
    Nous remercions nos lecteurs de ne pas s’être offusqués de cet innocent poisson d’avril, qui respecte une vieille tradition de la presse aéronautique et spatiale française.

    L’avionneur américain Boeing a décidé de prendre le taureau par les cornes : alors que les plateformes de réservations en ligne permettent désormais aux voyageurs d’exclure de leurs vols les 737 MAX, le constructeur veut absolument redonner confiance. À partir du 1er avril, il y aura un salarié de Boeing sur chaque vol de 737 MAX, à commencer par les États-Unis. La mesure doit ensuite être étendue au reste du monde, particulièrement en Europe, où Ryanair exploite une flotte exclusivement composée de 737, dont cent-trente-six 737 MAX (sur 574 avions au total).

    Michael O’Leary, le célèbre patron de la low cost irlandaise, a d’ailleurs fait part de sa colère concernant Boeing. Dans une interview à CNN, il a confirmé que chaque avion neuf reçu était passé au crible pendant 48 heures avant d’être mis au service. « Nous disons depuis dix-huit mois, tant en public qu’en privé à Boeing, que le contrôle qualité post-Covid alors qu’ils reprenaient la fabrication d’avions n’était pas acceptable et devait être amélioré ».

    737 MAX Ryanair Boeing
    Ryanair est le plus gros client du 737 MAX en Europe. Crédit : P. Mitelski – Ryanair.

    Le nouveau patron de la qualité client chez l’avionneur, Frank McLeCod, a pris ces remarques au sérieux. « Nous avons enfin décider de prendre nos responsabilités », a-t-il déclaré sur la chaîne locale de Lower Cape Cod TV où il passait le week-end pascal. C’est lui qui a proposé cette mesure, s’inspirant de l’histoire. On raconte en effet que, face au taux extrêmement élevé de crashes d’avion dus à des problèmes mécaniques pendant les premiers temps de l’aviation militaire, on obligea les mécaniciens à monter à bord, ce qui fit diminuer de façon significative les accidents. Le nombre de victoires augmenta également, puisqu’ils pouvaient manipuler les mitrailleuses montées à bord.

    Boeing en eaux troubles

    Toujours est-il que David Calhoun, patron de Boeing, devrait être le premier à donner l’exemple : il doit prendre un 737 MAX entre son lieu de week-end et Seattle dès le 1er avril au soir. Les employés de Boeing présents à bord des autres vols de 737 MAX ne seront pas identifiables, a expliqué McLeCod. L’avionneur semble vouloir éviter des mouvements d’humeur de la part d’autres passagers inquiets. Les aspects pratiques du transfert des salariés n’a pas été spécifié, mais il semble que des roulements auront lieu entre salariés en vol et salariés au sol, au rythme d’une semaine par mois en vol, pour trois semaines au travail.

    Les réactions des syndicats à cette mesure ont été très mitigées. À Saint-Louis, les salariés des chaînes de montage des avions militaires s’inquiètent de devoir payer pour les fautes de ceux de Boeing Commercial Aircraft. « Nous ne sommes pas les pêcheurs originels dans cette affaire qui ne concerne que les avions de ligne », a relevé Sue Rimee, la déléguée de la puissante fédération Tuna (Trade Unions of National Aviation). À Seattle, les employés des chaînes du 737 MAX à Reston et Everett, demandent des garanties pour que les vols qui leur seront imposés leur permettent de cumuler des points de « frequent flyers » et ne soient pas considérés comme des congés (non-payés aux États-Unis). À Chicago, ils demandent à ce que des compensations soient apportées à ceux qui subiront la « double peine » de voler en 737 MAX vers Cleveland ou Pittsburgh. À Arlington, les cadres souhaitent que Boeing se porte garant pour qu’ils puissent continuer à souscrire des assurances-vie. Seul le site de Charleston ne réagit pas mais c’est parce qu’il n’y a pas de syndicat autorisé en Caroline du Nord.

    737 MAX Alaska Airlines FAA NTSB Boeing
    Un expert du NTSB examine le panneau manquant sur le 737 MAX9 d’Alaska Airlines. Crédit : NTSB.

    Selon un sondage de Morning Consult, la confiance dans l’avionneur a plongé au premier trimestre 2024, après l’incident de la porte arrachée sur le vol d’Alaska Airlines le 5 janvier. Elle n’est plus que de 16 points (contre 42 au dernier trimestre 2023) chez les voyageurs d’affaires, et même de seulement 14 points chez les voyageurs fréquents (contre 31 à la fin de 2023). Il était donc temps pour l’avionneur de réagir.

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    Xavier Philippon
    Abonné
    Xavier Philippon

    Ha ha ha 😀