À la recherche du Grand Satan

Stefan Barensky, rédacteur en chef d'Aerospatium.

Il l’avait promis, il l’a fait. Nul n’aurait dû en douter, car de son point de vue il n’avait guère le choix. Donald Trump a donc annoncé le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien, balayant au passage tous les efforts des modérés de Téhéran pour le plus grand plaisir des plus extrémistes.

Dans la péninsule coréenne, le président américain a été roulé dans la farine par Kim Jong-un. Auréolé de sa stature nucléaire, le dictateur de Pyongyang, qu’il doit rencontrer dans quelques semaines, lui a volé la vedette. Après avoir déclaré un moratoire sur ses essais balistiques, le voici qui promet un traité de paix avec Séoul et une dénucléarisation, mais uniquement si elle porte sur les deux Corées. Le succès de la rencontre avec son homologue du Sud a replacé la question coréenne dans un contexte coréen, poussant Donald Trump hors de l’échiquier.

Même si le locataire de la Maison Blanche se gargarise d’avoir fait plier « Rocket-man », il n’en est rien et il le sait. Or, à six mois d’élections de mi-mandat, il a besoin de redorer son blason et de rassembler ses troupes. Pour cela, il lui faut un ennemi. Peu importe que l’Iran ait respecté les règles du jeu et que les experts de l’AIEA s’en portent garants, ils ne pèsent rien face à des preuves antidatées et complaisamment mises en scène par Benyamin Netanyahou. À l’ère des fake news, qui s’embarrassera à vérifier ?

Pour se refaire une stature internationale, Donald Trump a besoin d’un bad guy à sa mesure, puissant mais pas trop pour ne pas risquer de réellement prendre des mauvais coups. Ce ne sera donc ni Moscou, ni Pékin, juste Téhéran, dernier survivant de « l’axe du mal » cher à George W. Bush.

Et si cela met les Européens dans l’embarras, c’est un bonus. Il est toujours bon de leur rappeler qui est le boss.

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