Dix années perdues

L’aéronautique est, de loin, le secteur industriel le plus violemment touché par la crise du Covid-19 en France. Selon les chiffres compilés par le cabinet Trendeo, spécialiste de la veille sur l’emploi et l’investissement, la suppression de 10 616 emplois dans le secteur a été annoncée. Cela représente 62 % des réductions d’effectifs dans l’industrie dans l’Hexagone au cours des six derniers mois.

En comptant la sous-traitance aéronautique dans des secteurs plus vastes (métallurgie, plasturgie, textiles et ingénierie), le chiffre dépasserait même les 14 000 postes supprimés. Et ce n’est pas fini, puisque certains plans sociaux ne font que commencer. À lui seul, Airbus a annoncé la suppression de 14 931 postes jusqu’à l’été 2021, qui n’arrivera que dans neuf mois.

Pour remettre les chiffres en perspective, 92 % des 11 575 postes créés dans l’industrie aérospatiale au cours des dix années précédentes ont disparu. Autant dire que nous voilà revenus aux niveaux de 2010, avant la refonte de l’A320 en A320neo, avant l’arrivée du moteur Leap, avant l’A350, avant la restructuration de l’industrie des lanceurs autour d’Ariane 6, avant les constellations de satellites. Quel nouveau programme fondateur aidera au renouveau du secteur ? L’avion à hydrogène risque fort de ne pas suffire.

Surtout, quelles compétences vont être perdues ? S’il est relativement aisé de remplacer du personnel administratif, la matière grise de bureaux d’études et le savoir-faire des techniciens sont bien plus ardus à reconstituer.

Or, ils joueront un rôle clé pour maintenir une industrie dont dépend la souveraineté française et aussi européenne. Elle est plus que jamais nécessaire dans un contexte géopolitique incertain, où les menaces stratégiques, économiques et même écologiques abondent.

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