De l’intérêt du gros bâton

Stefan Barensky, rédacteur en chef d'Aerospatium.

L’invitation faite à Donald Trump d’une rencontre en tête à tête ne vient pas d’un dictateur aux abois. Kim Jong-un est maître de son calendrier. En appâtant le président américain avec une promesse de dénucléarisation de la Corée du Nord, le maître de Pyongyang ne manque pas d’y mettre une condition : « si les menaces militaires contre le Nord disparaissent et si la sécurité de son régime est garantie ». Pas besoin d’être devin pour prédire qu’il n’y aura pas de vraies négociations et que Pyongyang ne détruira pas plus son arsenal nucléaire et balistique que Washington n’évacuera ses troupes de la péninsule coréenne, surtout à l’heure de la guerre économique contre le grand voisin chinois.

En acceptant la rencontre alors qu’il n’a plus de conseiller sur le dossier coréen et que sa diplomatie est prise de court, Donald Trump vient de justifier la sortie de la Corée du Nord du Traité de non-prolifération en 2003, les quinze ans de développement de sa dissuasion nucléaire qui ont suivi ainsi que l’inflexibilité de Kim Jong-un concernant son droit à effectuer des essais de missiles.

Sur ces questions, Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi avaient cru à la reconnaissance de leurs bonnes intentions par les grandes puissances en abandonnant tout développement. Ils en sont morts. Kim Jong-un, lui, est vivant et en position de force. Par sa précipitation à vouloir s’arroger les lauriers d’une avancée sur le dossier coréen, le président américain a donné crédit à la prolifération nucléaire comme moyen de se faire respecter. Gageons que les autocrates de tout poil sauront retenir la leçon. La diplomatie mondiale accuse un recul d’un quart de siècle.

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