Seuls mais ensemble

Stefan Barensky, rédacteur en chef d'Aerospatium.

À la fin de la Seconde guerre mondiale, dont les derniers témoins sont désormais octogénaires, l’idée que la solidarité pourrait empêcher qu’ un tel embrasement ne se reproduise a connu plusieurs traductions politiques. La solidarité sociale était au cœur du programme du Conseil national de la résistance et à l’origine du « modèle social français » d’après-guerre. La solidarité économique a donné naissance à la Communauté économique du charbon et de l’acier, ancêtre de l’Union européenne.

Deux générations plus tard, l’Europe est vue par beaucoup comme le symbole de la mondialisation bien plus que comme le moyen de se préserver de ses dérives. Le modèle social, accusé de scléroser la société moderne, est démantelé. Les rancœurs qui en découlent nourrissent les mouvements politiques prônant un repli national.

À Washington hier, à Rome aujourd’hui, ces idées triomphent. L’aspiration à une sanctuarisation nationale s’accompagne alors d’un renforcement des industries stratégiques censées le rendre possible. La défense, la recherche et l’innovation peuvent bénéficier de telles politiques, aussi longtemps que les gouvernements pourront les financer et éviter de se mettre à dos les cerbères de l’OMC.

Cette recherche d’une impossible autarcie est peu compatible avec le jeu collectif auquel l’industrie européenne peine déjà à se plier. D’Airbus à Ariane ou Copernicus, ses plus grands succès ont souvent été accompagnés de psychodrames politiques. Sans solidarité, le jeu des alliances pourrait devenir plus complexe à gérer, et la compétitivité européenne en pâtir.

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