Une mission hors du temps

Lisa : un triangle d’un million de km de côté. Crédit : Nasa.
Lisa Pathfinder s’inscrit dans le cadre d’une mission de détection des ondes gravitationnelles dont la réalisation aura pris plus de quarante ans.

Le concept Lisa (Laser Interferometer Space Antenna), avec quatre satellites, a été proposé en mai 1993 lors de la compétition pour la mission M3, troisième mission de taille moyenne du programme scientifique « Horizon 2000 Plus. » Il n’a pas été retenu, notamment en raison de son coût, face à la mission Planck qui a cartographié le rayonnement cosmologique issu de la première lumière de l’univers de 2009 à 2012. Toutefois, une version à six satellites a été sélectionnée comme mission principale – dite « pierre angulaire » – du programme « Horizon 2000 Plus » en décembre 1993, avec un lancement envisagé à partir de 2017, selon le financement.

La Nasa entre en jeu

En 1997, le programme a été remanié drastiquement, via une collaboration avec la Nasa pour son programme « Beyond Einstein » et une réduction du nombre de satellites à seulement trois.

Afin de réduire les risques de développements, une mission de démonstration, Elite (European Lisa Technology Experiment), est proposée dès 1998 pour un lancement en 2002. Elle est approuvée en février 2001 sous le nom de Smart 2 dans le cadre du programme technologique Smart (Small Missions for Advanced R&T). La Nasa y contribue via son propre programme technologique New Millenium. Le lancement est alors prévu en 2006 et doit permettre de valider les technologies d’accéléromètre et de propulseur FEEP afin de clôturer les études de conception de Lisa et de démarrer sa réalisation pour un lancement annoncé en 2011. Ce calendrier ne va pas tenir face à la complexité de la tâche. La mission est révisée en 2004, avec l’abandon d’un objectif technologique pour la mission d’observatoire astronomique interférométrique Darwin (étude de la biosphère d’exoplanètes avec six télescopes), et rebaptisée Lisa Pathfinder. La Nasa réduit sa contribution en 2005 et le développement effectif ne démarre qu’en 2006. Le budget a subi lui aussi la même dérive, passant de 186 à plus de 400 M€ entre 2006 et 2011.

Décision en 2016

Ces retards se répercutent sur la mission Lisa elle-même, qui fait l’objet de nombreuses revues en Europe et aux États-Unis. En 2011, la mission est reformulée en NGO (New Gravitational wave Observatory) avec trois satellites dont la distance relative a été réduite à un million de kilomètres. Son statut de « pierre angulaire » est remis en jeu pour un lancement en 2022 et perdu au profit de la mission Juice vers les lunes de Jupiter en mai 2012. Le concept est rebaptisé eLisa (evolved Lisa) et reproposé à la sélection pour un lancement en 2028, mais une fois de plus il échoue en juin 2014 face à l’observatoire Athena (Advanced Telescope for High-ENergy Astrophysics) pour l’astronomie X. Il est toutefois donné favori pour une sélection en 2016 en vue d’un lancement en 2034.

Cet article a été publié dans le numéro 0.3 d’Aerospatium, daté du 12 décembre 2015.

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