Storytelling

« C’est quand même un succès, nous avons beaucoup appris ». Quand cette phrase sort de la bouche de Takeshi Hakamada, créateur d’iSpace, après la perte de son atterrisseur lunaire dans les derniers mètres de descente, on peut le croire. La petite mission privée japonaise a rempli huit des objectifs qu’elle s’était fixée et n’a été victime que de la faiblesse de sa marge d’ergols embarqués. La prochaine tentative pourrait être la bonne.

Quand c’est Elon Musk qui la prononce, affirmant que tout ce qui a succédé au décollage de son lanceur géant n’était que du bonus, on grimace. Et lorsque la poussière retombe, c’est la sidération. Non seulement les performances en vol ont été très en dessous des prévisions – le Starship n’a dépassé ni la vitesse du Concorde ni l’altitude du saut en parachute d’Alan Eustace – mais même le décollage a été catastrophique, éventrant la dalle de la table orbitale et projetant des tonnes de débris à plusieurs centaines de mètres, infligeant d’importants dommages à toutes les infrastructures au sol.

À tous ceux qui s’étonnent de l’absence de modélisation et d’études d’impact dignes de ce nom, rappelons que, jusqu’ici, l’essentiel des succès spatiaux de SpaceX ont été bâtis sur des développements dont il a hérité via la Nasa. Celle-ci lui a donné accès à ses brevets lors de l’externalisation de la desserte de la Station spatiale internationale en 2008. Le Falcon 9 semi-réutilisable, inspiré du Zenit ukrainien, bénéficie des percées technologiques réalisées par TRW, McDonnell-Douglas ou la Darpa. L’apport d’Elon Musk a été de les marier et de les industrialiser à marche forcée avant de pratiquer une commercialisation aussi agressive que « créative ».

Avec le Starship, il s’aventure en terre inconnue et doit tout réinventer, à grande échelle. Or l’approche empirique dont il s’est fait le chantre ne peut s’affranchir de l’analyse des besoins et des contraintes. C’est la base de l’art de l’ingénieur.

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Storytelling | NewSpace | Scoop.it

[…] Le premier vol du Starship de SpaceX ne peut être considéré comme un succès, malgré les efforts de storytelling déployés par Elon Musk.  […]

Lugherini
Lugherini
1 année plus tôt

C’est bien ainsi qu’il faut interpréter cet échec. Peut-on raisonnablement envisager de tirer depuis cette future ex zone protégée, 200 Starship/Super Heavy pour Starlink et 15 par mission lunaire…

Tout cela pour quoi ?