Gouvernance à deux vitesses

Stefan Barensky, rédacteur en chef d'Aerospatium.

De sommet européen en sommet européen, le spectacle des atermoiements des uns et des autres illustre l’absence d’un idéal européen commun et l’enlisement d’une gouvernance impossible. Cette tendance se transpose dans l’Europe spatiale et comme au plus haut niveau politique, les solutions consensuelles n’existent tout simplement plus.

La lettre récemment envoyée par Tom Enders aux gouvernements français et allemand mettait maladroitement le doigt sur les limites du système de gouvernance actuel.

Ce qui est remis en cause, ce n’est pas la question du retour industriel géographique, dont la gestion mériterait peut-être un assouplissement, mais le principe qui veut que chaque État pèse autant dans les décisions finales, peu importe son niveau de contribution. Dans une ESA forte de 22 États-membres, cela n’est plus gérable. Aussi, lorsque le patron d’Airbus propose une gouvernance centrée sur le couple franco-allemand, premiers contributeurs de l’ESA et de loin, il a l’oreille des gouvernements concernés. L’idée d’une Europe spatiale menée par Paris et Berlin, auxquelles il faudrait probablement ajouter Rome, fait son chemin, un peu à la manière de celle d’une Europe à deux vitesses pour la politique et l’économie.

Qui pourrait diriger une telle mutation ? L’actuel directeur général de l’ESA, Jan Wörner, dont le mandat s’achèvera le 30 juin 2019, est menacé de ne pas être renouvelé et la course à sa succession est déjà engagée. Son successeur devra gérer le Conseil ministériel de décembre 2019 dont la préparation commencera dès la rentrée, avec une rencontre informelle des ministres à Madrid. Un moment idéal pour que les candidats placent leurs pions.

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