Sujet de philosophie

Stefan Barensky, rédacteur en chef d'Aerospatium.

Dans les secteurs technologiques, l’idée que nul ne soit prophète en son pays se traduit par le syndrome du « not invented here ». Mais les idées voyagent et évoluent.

Le concept de New Space est de celles-là. Si la Silicon Valley lui a donné son nom et sa renommée, il serait dommage d’oublier qu’il a été imaginé en France lorsque le Cnes a décidé de commercialiser l’accès à l’espace avec Arianespace, puis l’imagerie spatiale avec Spot Image. Une levée de boucliers avait accueilli l’idée outre-Atlantique avant d’être intégrée, copiée et de recevoir son appellation qui fleure bon le rêve américain.

Lorsque Tom Enders avance les succès du New Space pour écarter les agences spatiales, il veut l’accès direct aux budgets sans la supervision de ceux qui les gèrent, la liberté d’entreprendre empiriquement plutôt que l’approche cartésienne jugée peu réactive. Les soucis rencontrés avec l’externalisation d’Ariane 6 plaident à la fois pour et contre l’idée. Oui, l’industrie est suffisamment mature pour mener des programmes de bout en bout. Non, on ne peut garantir les marchés des gouvernements si on les éloigne des commandes sans leur rendre de comptes.

Ce qui marche aux États-Unis avec un gouvernement unique et la caution de milliardaires égotistes est-il adapté aux réalités d’un continent souvent divisé ? Pour pallier la difficulté, Tom Enders veut réduire l’Europe spatiale à un couple franco-allemand. Il néglige que, dans le trio qu’il forme avec l’Italie, c’est bien souvent Berlin qui pose le plus de problèmes.

Vous avez quatre heures.

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