Uber rallie les forces autour de ses projets de drone

Le Butterfly de Karem Aircraft. Abe Karem, le fondateur, a aussi conçu le Predator. Crédit : Karem.

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Lors de sa deuxième conférence annuelle sur le transport aérien citadin, qui s’est tenu les 8 et 9 mai à Los Angeles, Uber a rassemblé la fine fleur de l’industrie du drone, mais aussi les régulateurs et les politiques, dans l’espoir de lancer les bases du futur standard de mobilité urbaine.

Les annonces de projets sélectionnés par Uber pour rejoindre son pôle Uber Elevate ont fleuri pendant la deuxième semaine de mai. Le groupe californien tenait à ce moment son deuxième sommet annuel consacré à la question du drone urbain électrique. La liste des intervenants est impressionnante, comprenant, outre le président d’Uber, des représentants de grands industriels aéronautiques, mais aussi les maires de Los Angeles et de Dallas.

La première conférence en 2017 avait d’ailleurs eu lieu à Dallas. Ces deux villes américaines représentent le marché que Uber rêve d’atteindre : de grandes métropoles, mal desservies par les transports en commun, avec un aéroport à plus d’une heure du centre-ville, et dans lesquelles une population est prête à payer un prix élevé pour éviter les embouteillages. Ces deux villes seront les lieux de lancement du projet Uber Air, et  devraient donc être les premières à bénéficier de ce service.

Il manque encore une ville candidate

Dans la vidéo présentée par Uber pour expliquer ses projets de eVTOL (electrical Vertical Takeoff and Landing), la plupart des images de villes sont celles de Dubaï. L’émirat du Golfe est en effet lui aussi leader dans la recherche sur le transport urbain par les airs, et s’est déclaré prêt à lancer un service dès que possible. Uber a d’ailleurs relancé l’appel, ouvert jusqu’au 1er juillet prochain, pour qu’une grande ville en-dehors des États-Unis se porte candidate à être aussi « ville de lancement » du futur service de mobilité aérien.

L’approche de ce concept par l’entreprise américaine est particulière. En-dehors de son projet développé en interne de véhicule volant – autonome ou pas, les deux sont envisagés – Uber tente d’agréger d’autres entreprises pour développer avec eux, au sein de son laboratoire Elevate, leurs propres véhicules volants. La liste des intervenants présents lors des deux jours de conférence à Los Angeles éclaire sur les objectifs de cette stratégie.

Un des drones présentés par Uber. Crédit : Uber.

L’entreprise a convié les représentants de Embraer, qui ont dévoilé leur projet développé dans le cadre de Embraer X ; ceux du slovène Pipistrel, rebaptisé Pipistrel Vertical Solutions ; de Aurora Flight Sciences, filiale de Boeing depuis l’an dernier ; l’hélicoptériste Bell, et le dernier venu, qui a annoncé sa participation cette année, le pionnier du drone Karem, qui présente un véhicule convertible appelé Butterfly. Tous proposent des véhicules respectant le cahier des charges d’Uber, à savoir six passagers, sans compter les éventuels pilotes, dans un environnement sûr et non bruyant.

Les premiers tests doivent avoir lieu dès 2020 à Dallas et Los Angeles avant une mise en service dès 2023.

Le drone de Aurora Flight Solutions, qui appartient à Boeing. Crédit : Aurora Flight Solutions.

L’échéance semble particulièrement courte et, pour la rendre réaliste, Uber a voulu couvrir tous les angles de travail. Les spécialistes des batteries de Edison International ou le nouveau réseau de station de recharges ChargePoint étaient également présents. Mais Uber a aussi le soutien des officiels. Outre les politiques de Dallas et Los Angeles, l’entreprise a accueilli lors de sa conférence les représentants de la FAA (Federal Aviation Administration) et la secrétaire d’État au transport Elaine Chao.

Valider les standards

Le but d’Uber est de couvrir tous les aspects du développement urbain dans le ciel, en travaillant de concert avec le métro de Los Angeles, le département des transports de San Francisco, et les fonds d’investissements pour trouver les ressources. L’entreprise a créé une branche qui se consacre entièrement à son projet de drone volant, et s’est donné les moyens d’attirer les fonds, les compétences, et les partenaires étrangers. En faisant cela, Uber tente de mettre en place les standards du transport volant à la demande.

Le Skyport vu par Embraer. Crédit : Embaer.

Le directeur général d’Uber Dara Khosrowshahi l’a bien expliqué en conclusion des conférences : il s’agit de résoudre le problème de la congestion urbaine « que les infrastructures actuelles ne peuvent pas faire ». Uber veut être la force motrice, en recevant les soutiens des institutions officielles, même si elle n’a pas demandé de subventions aux villes partenaires. Tout comme SpaceX, elle veut s’imposer comme l’entreprise privée, soutenue par les pouvoirs publics, qui impose l’idée et les moyens d’une nouvelle génération de transport.

L’Europe, qui n’a pas encore publié sa réglementation unifiée sur le vol des drones, devrait prendre garde à ne pas se laisser distancer si elle ne veut pas que ces standards lui soient ultérieurement imposés.

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