La Turquie passe commande de vingt Typhoon

Warton
La chaîne d'assemblage final britannique des Typhoon à Warton va avoir un sursis grâce à la commande turque. Crédit : BAE Systems.
Fin d’un feuilleton qui a démarré en 2023, le gouvernement turc a signé un contrat avec son homologue britannique pour l’achat de vingt avions de combat Typhoon. Selon Londres, le marché pourrait atteindre 8 Md£ (9,1 Md€).

Londres et Ankara se sont finalement accordés sur la vente d’avions de combat Eurofighter Typhoon. Un contrat de 5,4 Md£ (6,15 Md€) a ainsi pu être signé le 27 octobre et la Turquie va devenir le dixième utilisateur de l’appareil après le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, l’Autriche, Oman, le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite. Il s’agit du premier contrat à l’export pour l’appareil germano-hispano-italo-britannique depuis 2017.

Les avions, au nouveau standard « Tranche 4 », seront produits et intégrés par BAE Systems, assurant la pérennité de la ligne d’assemblage britannique à Warton, dans le Lancashire, et de sa chaîne d’approvisionnement jusque dans les années 2030. Le marché couvre aussi l’armement des appareils, qui sera principalement fourni par MBDA et comprendra notamment des missiles air-air longue portée Meteor et des missiles Brimstone d’attaque au sol.

Entre sa participation en propre et sa quote-part via sa participation au capital de MBDA, BAE Systems évalue à environ 4,6 Md£ (5,2 Md€) le montant de sa part du contrat.

Eurofighter Typhoon Turquie
Les Typhoon turcs seront livrés avec des missiles Meteor et Brimstone. Crédit : Eurofighter GmbH.

Des Typhoon à 400 M£ pièce ?

De son côté, le ministère britannique de la Défense (UK MoD) n’indique pas avec précision ce que recouvre le montant de 8 Md£ donné comme valeur de l’accord. Il pourrait s’agir d’options au contrat industriel pour de l’armement supplémentaire et surtout pour le maintien en conditions opérationnelles des vingt appareils sur leur durée de vie.

Selon le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui a signé l’accord lors d’une visite officielle à Ankara, celui-ci comprendrait aussi une option pour davantage d’avions.

Toujours est-il que l’annonce de l’accord, compris par les observateurs comme représentant un montant de 400 M£ par appareil, a fait réagir en Turquie. « Ils vendent les avions au prix des frégates », s’est ainsi indigné Burak Yildirim, un analyste de défense d’Istanbul interrogé par Reuters.

Aucune information n’a été diffusée sur la présence d’éventuelles compensations industrielles (offset) dans le marché, mais il serait douteux qu’il n’en comporte pas.

Eurofighter Typhoon Oman
Le premier Typhoon livré à Oman, en 2017, pourrait passer sous cocarde turque. Crédit : Eurofighter GmbH.

Des Typhoon faute de F-35A

En juillet dernier, après la levée du veto allemand, Ankara avait reçu l’approbation des quatre pays partenaires du programme Eurofighter pour l’achat d’un lot pouvant atteindre 40 appareils. Depuis son bannissement du programme F-35 en 2019 – après l’achat de batteries antiaériennes S-400 à la Russie – la Turquie cherche à renforcer son armée de l’air vieillissante en attendant que sa propre industrie puisse l’équiper, notamment avec le nouvel avion de combat Kaan de Turkish Aerospace Industries (TAI), dont l’entrée en service est annoncée pour 2030 elle aussi.

Pour commencer à intégrer des Typhoon dans son armée de l’air, en parallèle de l’accord avec les Britanniques, la Turquie cherche également à se procurer des appareils de seconde main chez deux autres clients à l’export, Oman et le Qatar. Chacun pourrait se séparer de douze appareils pour permettre à Ankara de se doter d’un escadron supplémentaire. Pour le sultanat d’Oman, cela représente l’ensemble de sa flotte, qui lui a été livrée en 2017. Pour le Qatar, il s’agit de la moitié des Typhoon commandés en décembre 2017 et livrés à partir de 2022, mais l’émirat s’est engagé l’an dernier à en commander douze de plus, au nouveau standard « Tranche 4 ». Le président turc s’est rendu dans les deux pays fin octobre pour négocier les accords.

F-4E Phantom 2 Turquie
Un F-4E Phantom 2 turc durant des exercices internationaux. Crédit : H. Farrer – Royal Air Force – Couronne britannique.

Les F-35 turcs étaient censés prendre la relève de F-4E Phantom 2, antiques chasseurs-bombardiers de McDonnell-Douglas, introduits dans les années 1960 et mis en œuvre par l’armée de l’air turque depuis les années 1970. Dix-neuf d’entre eux, basés à Eskişehir, volent encore sous cocarde turque. Leur remplacement pourrait désormais être assuré par les Typhoon. L’an dernier, la Turquie a également obtenu de Washington de pouvoir acquérir 40 F-16V Viper en échange de la levée de son veto à l’entrée de la Suède dans l’Otan.

Eurofighter en Lusitanie

La Turquie n’est pas le seul prospect de l’avion de combat européen. Le consortium Eurofighter lorgne aussi vers le Portugal. Depuis qu’il a renoncé au F-35 pour moderniser son armée de l’air, le pays est courtisé par tous les constructeurs d’avions de combat, y compris Lockheed Martin, qui lui propose des F-16V s’il ne parvient pas à lui vendre des F-35A.

Eurofighter est également entré dans la course, via son représentant allemand Airbus Defence & Space, qui a signé un protocole d’accord avec AED Cluster Portugal, l’association qui fédère l’industrie aérospatiale portugaise, le 27 octobre. Lockheed Martin avait fait de même le 5 juin. L’industriel européen veut « identifier des opportunités de coopération en prévision du renouvellement de la flotte d’avions de combat » de la Força Aérea Portuguesa (FAP). Il s’agit bien évidemment de « créer une proposition industrielle » pour remplacer les actuels F-16 d’ancienne génération par des Typhoon, présentés comme « une solution véritablement européenne ».

Força Aérea Portuguesa
Un F-16 portugais en patrouille pour l’Otan. Crédit : Força Aérea Portuguesa.

L’industriel cherche à capitaliser sur son implantation locale en insistant sur le « rôle clé » qu’il joue depuis plusieurs années dans le « renforcement de la chaîne d’approvisionnement aérospatiale portugaise en offrant des opportunités d’innovation et de croissance grâce à des partenariats avec plus de trente entreprises locales » et de revendiquer sa responsabilité dans la création de 1 500 emplois hautement qualifiés dans le pays.

Cet article compte 910 mots.

[…]

Ce contenu est réservé aux abonnés.      S’abonner

AUCUN COMMENTAIRE