Des solutions innovantes pour contourner le blocus d’Ormuz

Trois A380 d'Emirates en stockage sur l'aéroport Al Maktoum à Dubaï en novembre 2018. Crédit : S. Barensky - Aerospatium.
Après un mois de guerre dans le golfe Persique, le trafic maritime via le détroit d’Ormuz est toujours bloqué par l’Iran. Des solutions aéronautiques sont envisagées pour contourner le blocus.

L‘offensive déclenchée par Israël et les États-Unis contre le régime de Téhéran et la crise qui s’en est suivie avec le bombardement des pétromonarchies du golfe Persique exercent une forte tension sur l’économie mondiale avec le blocus imposé par l’Iran sur le transit via le détroit d’Ormuz. Les appels lancés par Washington à ses alliés de l’Otan pour l’aider à s’extirper de ce bourbier n’ayant pas donné les résultats souhaités par l’administration Trump, la situation semble devoir se prolonger et des initiatives se font jour pour contourner le problème.

Sauts de puce pour l’A380

À Dubaï, la compagnie aérienne Emirates, qui dispose de la plus grande flotte d’A380 au monde, avec 116 avions, est confrontée à la réduction de son trafic en raison de la crise et de l’effondrement du tourisme qu’elle entraîne. La compagnie envisage donc de déplacer une partie de sa flotte de très gros porteurs sur l’aéroport international Al Maktoum afin de réaménager leur cabine pour le transport de fret et notamment de réservoirs d’hydrocarbure.

A380 cargo
La cabine passagers de l’A380 a déjà été adaptée au transport de fret en 2020. Crédit : Lufthansa Technik.

En 2020, pendant la crise du Covid-19, un A380 avait déjà été transformé pour le transport de fret par Lufthansa Technik.

Chaque appareil pourrait transporter jusqu’à 100 t d’hydrocarbures par vol, ce qui signifie qu’il faudrait 300 rotations pour remplacer un navire pétrolier de taille moyenne. La destination envisagée pour ces transports pétroliers est l’aéroport de Douqm, dans le sultanat d’Oman, à moins d’une heure de vol. Doté d’une piste de 4 km, il est situé à proximité d’infrastructures portuaires modernes sur la mer d’Arabie.

Des ravitailleurs à la rescousse

Boeing a réagi aux plans d’Emirates en proposant à l’US Air Force de déployer sur place une partie de sa flotte d’une centaine d’avions ravitailleurs KC-46A Pegasus dont l’introduction opérationnelle est actuellement une source de tracas pour l’Air Mobility Command (AMC). Chez l’avionneur américain, on ne veut pas que le rival européen puisse retirer tous les lauriers de l’opération et on minimise les risques encourus : « Nos difficultés sur cet appareil concernent les missions de ravitaillement, mais pour le transport de carburant, il devrait faire l’affaire ! »

Selon Boeing, le projet serait éligible dans le cadre de l’initiative Codfish (Co-delivered Oil, Democracy and Freedom against Iran over the Strait of Hormuz) du Pentagone. Surtout, ce serait moins dommageable pour l’environnement que l’autre projet phare de cette initiative, qui consisterait à creuser un canal à travers l’émirat d’Abou Dhabi et le sultanat d’Oman à l’aide de charges thermonucléaires enterrées.

KC-46A Pegasus
Le KC-46A Pegasus est entré en service en 2022. Crédit : C. Minoda – US Air Force.

Solutions balistiques

Côté saoudien, les idées ne manquent pas non plus, avec la possibilité de mettre en place une catapulte magnétique, sous la forme d’un monorail alimenté par énergie solaire, pour expédier des barils de pétrole sur une trajectoire balistique par dessus la chaîne des monts Hajar en vue de leur récupération sous parachute dans le golfe d’Oman. La trajectoire devra être calculée au plus juste afin d’éviter les couloirs aériens au départ de l’aéroport international de Dubaï, dont tous les vols décollent vers le sud-est depuis le début de la crise.

Le site d’implantation identifié pour cette catapulte magnétique se situerait à proximité des frontières émiriennes et omanaises, sur la colline d’Abou Yabès.

Baptisé Salmon (Saudi-American Launch Monorail), ce projet serait notamment financé par le Fonds d’Investissement Souverain du Hedjaz et par divers intérêts américains, dont le constructeur automobile Tesla. La firme d’Elon Musk y verrait une occasion de démontrer cette technologie pour la future catapulte magnétique que SpaceX espère construire à côté de son usine lunaire afin d’expédier des satellites sur orbite terrestre à moindre coût.

Catapulte magnétique
Le projet de catapulte magnétique lunaire. Crédit : SpaceX.

Initialement, le milliardaire voulait proposer son Starship au Qatar pour des transports d’hydrocarbures suborbitaux en échange d’un accès privilégié aux réserves de gaz de l’émirat, mais les conseillers de l’émir lui ont fait remarquer que brûler 2 600 t de méthane pour transporter 150 t d’hydrocarbure ne paraissait pas une opération très rentable.

Cet article compte 700 mots.

0 0 votes
Évaluation de l'article
guest
0 Commentaires
le plus ancien
le plus récent most voted
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires