Comme un goût de « déjà vu », du moins pour ceux assez vieux pour se souvenir des débuts du programme de navette spatiale américaine. La Nasa avait envisagé de confier aux Européens la réalisation du remorqueur qui aurait dû prendre place dans sa soute, pour transporter les satellites vers l’orbite géostationnaire.
Une fois que le rôle stratégique de celui-ci est devenu évident, l’allié américain a eu tôt fait d’en récupérer la responsabilité et de rediriger ses partenaires européens vers la conception du laboratoire Spacelab. Ce dernier aurait dû prendre place sur un quart des vols et comme la navette devait décoller à un rythme hebdomadaire, les Européens auraient eu accès à une mission par mois.
En quinze ans, seuls 22 vols ont été réalisés, dont beaucoup sans participation européenne.
Avec Columbus sur la station spatiale internationale, les Européens ont mieux tiré leur épingle du jeu, mais avec la Gateway du programme Artemis, ils apparaissent comme les dindons de la farce. Sur tous les éléments prévus pour ce premier avant-poste humain entre les mondes, un seul n’était pas de fabrication européenne et il a déjà trouvé un autre emploi. L’Europe se retrouve avec une collection de modules inachevés, auxquels la Nasa promet de trouver un usage, mais les promesses coûtent peu.
Mal aimée et incomprise par ceux qui ne rêvent que d’empreintes de bottes et de drapeaux à la surface de la Lune, la Gateway était pourtant bien plus qu’un simple relais orbital. Elle était le premier habitat humain soumis aux rigueurs du milieu interplanétaire, loin de la protection de la géomagnétosphère. En réalité, il s’agissait du premier prototype d’un vaisseau vers le reste du système solaire, trop conceptuel pour les court-termistes et trop stratégique pour que les visionnaires le laissent aux Européens.
Après tout, comme dans la crise du Golfe, nous ne sommes pour Washington que des variables d’ajustement.









