Le char de la discorde

« Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. » *

Le futur char franco-allemand a des ratés dans les chenilles. Alors que Krauss-Maffei Wegmann (qui fabrique le Leopard 2) et Nexter s’étaient associés pour construire le MGCS, un autre constructeur allemand, Rheinmetall, avait sorti son projet de KF51 Panther en 2022. Nouveau rebondissement il y a quelques jours, avec l’annonce dans le quotidien Handelsblatt d’une alliance de Rheinmetall et KMW avec la Suède, l’Italie et l’Espagne pour un nouveau char de combat. Que reste-t-il du projet franco-allemand ? « L’espoir meurt en dernier », a répondu sans ironie le porte-parole du gouvernement allemand. C’est bien connu, les Allemands n’ont pas d’humour.

Si le projet terrestre de char, sur lequel les Allemands avaient la haute main, échoue, il ne restera pas beaucoup d’espoir non plus pour sa contrepartie aérienne, le Scaf, que mènent les Français. Éric Trappier l’a affirmé devant les parlementaires cet été, le développement du standard F5 du Rafale est prioritaire. Depuis que les Allemands ont, comme tous leurs voisins européens, choisi le F-35 américain, il ne restait pas vraiment de place pour autre chose de toute façon. Seuls les Français ont fait mine de ne pas le voir, malgré les échecs successifs du Rafale en Europe de l’Ouest.

La guerre en Ukraine, en poussant les Allemands à se réarmer, les a fait sortir du bois. Leurs volontés affichées d’unir leur industrie de défense avec celle des Français n’étaient que de la poudre aux yeux, que les politiques français ont acceptée au nom d’un sacro-saint « couple franco-allemand » qui n’a jamais existé ailleurs que dans leurs polycopiés de l’ENA.

Après dix ans en Allemagne, j’ai personnellement parié 50 € que le projet franco-allemand Scaf n’aboutirai jamais. Qui veut jouer ?

*Charles Péguy (1873-1914). Mort au front à la première bataille de l’Ourcq.

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