Le monde réel est têtu

Stefan Barensky, rédacteur en chef d'Aerospatium.

Au-delà de leurs initiales, Elon Musk et Emmanuel Macron ont beaucoup en commun. Tous deux, ils ont surgi, jeunes et souriants, sur un marché où on ne les attendait pas. Ils ont fait miroiter des lendemains qui chantent pour lever une armée de zélotes qui leur a permis de déboulonner les tenants de l’ordre établi. La presse est quasi unanime à leur tresser des lauriers. On loue volontiers leur audace comme on fustige ceux qui pointent leurs inconsistances, arguant que pour réussir il ne faut pas avoir peur d’échouer. Tous deux aussi découvrent que la réalité ne se soumet pas par la seule volonté.

Elon Musk a naguère promis de diviser les coûts de lancement par dix grâce à la réutilisation des étages, et de coloniser Mars. Aujourd’hui la réutilisation est un succès mais elle ne promet de réduire les coûts que d’un tiers. Les projets martiens, pour leur part, ont été retardés, amputés et réduits. Le choc avec la réalité technique est passé par là.

Emmanuel Macron a promis une défense forte et européenne, en même temps qu’il assurait que le budget de l’État serait maîtrisé. Le spectre d’une coupe là où on attendait un soutien budgétaire lui a coûté un clash avec un chef d’État-major aimé de ses troupes mais qui digérait mal les couleuvres. Il va devoir rectifier le tir.

En nommant un pragmatique à la tête de la DGA, il pourrait sauver le potentiel industriel et technologique garant d’une défense militaire française crédible, moteur d’une défense européenne qu’on ne pourra créer par un affaiblissement volontaire.

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