Svayamvara

Edito
S. Barensky. Crédit : C. Deligey - Aerospatium.

Dans la grande épopée indienne du Mahâbhârata, le terme svayamvara désigne la cérémonie par laquelle une héroïne choisit son partenaire parmi ses prétendants, le plus souvent au travers d’une épreuve nécessitant un talent surhumain. Aujourd’hui, la belle à séduire semble être l’Inde toute entière, et les prétendants ne manquent pas.

Car le pays le plus peuplé du monde ne manque pas d’attrait, et en bon non-aligné, il traite avec tout le monde, à l’exception de la Chine. Contrairement à sa rivale d’outre-Himalaya, l’Inde ne vit pas sous la menace d’un effondrement démographique, et elle n’est pas vue comme une puissance expansionniste. Grâce à une croissance qui se maintient à plus de 8 %, son économie a dépassé celle du Japon en 2025 et s’apprête à en faire autant avec celle de l’Allemagne pour se hisser sur le podium mondial.

L’Europe la courtise alors même qu’elle importe son pétrole de Russie. Les négociations pour un accord de libre échange entre Bruxelles et New Delhi ont été relancées au lendemain de l’invasion de l’Ukraine. Renforcées d’un volet sécuritaire, elles ont abouti en janvier, avec la perspective de créer un marché représentant un quart de l’humanité et un quart de son PIB.

Airbus et Boeing voient dans le pays un eldorado pour leurs avions. Embraer veut y construire une usine pour y assembler les siens. Séducteurs impénitents, les Français sont bien placés dans le grand svayamvara industriel du moment. Safran y produit des éléments de moteurs civils et militaires, Airbus Helicopters vient d’inaugurer une chaîne d’assemblage du H125, et Dassault Aviation prévoit d’y assembler des Rafale.

L’Inde est aussi un pays complexe avec 24 langues, 13 alphabets et un tiers d’illettrés. Qui sait comment évoluera cette démocratie dominée par des nationalistes ? L’Europe sevrée de l’Amérique ne doit pas tomber dans une autre dépendance.

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