Soixante bougies

Stefan Barensky, rédacteur en chef d'Aerospatium.

L’administration Eisenhower a créé la Nasa le 1er octobre 1958 afin de centraliser et fédérer l’effort spatial américain, moins d’un an après le coup de tonnerre de Spoutnik 1. Le président Kennedy, à l’initiative de son vice-président Lyndon Johnson, lui a donné un vrai but. Il ne s’agissait pas de la Lune, qui n’a jamais été qu’un prétexte ou un appât, mais de la création d’une infrastructure industrielle unique au monde, capable de soutenir cet effort.

Elle a décroché la Lune avec Apollo, elle a enfanté la navette puis la Station spatiale internationale. Elle a aussi permis l’envoi de sondes scientifiques vers tous les corps principaux du système solaire, et a permis de mettre sur orbite – puis de réparer – le télescope spatial Hubble. Au-delà d’une moisson exemplaire de résultats scientifiques et techniques, les images ramenées par toutes ces missions ont nourri l’imaginaire collectif de toute l’humanité.

Après Hollywood, la Nasa est peut-être l’un des plus grands atouts de soft power des États-Unis.
Aujourd’hui pourtant, nombreux sont ceux qui remettent en cause ces acquis et verraient bien la Nasa prendre sa retraite. Alors que la station spatiale lunaire – présentée comme un « portail vers l’espace lointain » – porte une nouvelle ambition, les voix s’élèvent pour demander une plus grande place à l’investissement privé. L’ISS devrait être privatisée en 2025 et le lanceur géant SLS a toujours autant d’ennemis qui souhaiteraient le remplacer par un Falcon Heavy ou un BFR. L’infrastructure issue d’Apollo perd du terrain, comme en a fait l’amère expérience Aerojet Rocketdyne avec la propulsion du Vulcan.

Les objectifs d’une privatisation des missions de recherche et d’exploration restent ambigus. S’agira-t-il de faire vivre le rêve de tous ou juste le fantasme de certains ?

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