L’année d’Ariane 6, de Vega C et des autres

Ariane 6 CTM
Le premier étage d'Ariane 6 CTM est arrivée en Guyane. Crédit : J. Hazemann - PepperBox - ArianeGroup.
Attendus depuis 2020, voire 2019, les nouveaux lanceurs européens, Ariane 6 et Vega C, doivent enfin faire leur début en 2022, si les derniers essais se passent bien. Le marché qui les attend n’est pas nécessairement celui pour lequel ils ont été conçus. Aussi faut-il déjà penser à l’étape suivante.

La question du maintien d’un accès autonome à l’orbite se cristallisera cette année autour d’Ariane 6 et de Vega C, qui devraient chacun avoir rendez-vous avec leur destin d’ici la fin novembre. Vega C, dont peu se souviennent encore qu’il aurait dû voler fin 2019, effectuera sa toute première mission en mai. Le moteur P120C qui lui servira de premier étage a été déstocké mi-janvier de l’usine de propergol de Guyane (UPG) où il avait été préalablement chargé en propergol solide. Il doit être équipé puis transféré en ZLV (Zone de lancement Vega). Deux autres Vega C sont déjà prévus en 2022, pour des missions commerciales. Malheureusement, une de ses principales charges utiles n’a pas pu attendre : le satellite radar dual italien CSG-2 (Cosmo-Skymed seconde génération) devait être lancé sur Falcon 9 le 27 janvier et a été reporté au soir du 31 janvier.

Ariane 6 ULPM HFM Lampoldshausen
Mise en place du HFM, premier modèle de l’étage ULPM d’Ariane 6 sur le banc P5.2 à Lampoldshausen. Crédit : S. Corvaja – ESA.

Démarrée il y a près d’un an avec la livraison d’un second étage complet au centre d’essais de Lampoldshausen, en Allemagne, la campagne HFM (Hot Firing Model) est sur le point d’entrer dans sa phase finale, en février avec des mises à feu du moteur Vinci pour achever de tester toutes les fonctionnalités de l’étage, et notamment son générateur APU (Auxiliary Power Unit). Le développement et la qualification de cet équipement totalement inédit ont contribué au retard du programme, mais il devrait conférer à l’étage des capacités inégalées de rallumage et de désorbitation pour un système orbital cryotechnique.

Deux Ariane 6 doivent voyager vers la Guyane cette année. La première, dite CTM (Combined Test Model) est arrivée sur place le 17 janvier, sous la forme de deux étages venus par bateau des sites des Mureaux et de Brême. Sortis de leur conteneur respectif, ils sont désormais dans le Bâtiment d’assemblage lanceur (BAL) de l’ensemble de lancement Ariane n°4 (ELA-4) où les équipes vont tester leur compatibilité avec tous les équipements nécessaires à l’assemblage du corps central du lanceur.

Ariane 6 CTM
Les deux étages centraux d’Ariane 6 CTM à Kourou. Crédit : ESA – Cnes – ArianeGroup -Arianespace – Optique CSG.

Le transfert en zone de lancement, pour tester toutes les interfaces sol/bord des futures campagnes, est prévu en avril. D’ici là, des essais restent encore à réaliser sur les installations de l’ELA-4. La campagne CTM s’achèvera par des répétitions avec remplissage des réservoirs et surtout une série de mises à feu du moteur Vulcain 2.1.

Des essais à l’entrée en service d’Ariane 6

L’achèvement de ces deux campagnes de tests donnera le feu vert au transfert vers la Guyane du premier modèle de vol d’Ariane 6, pour un lancement « au second semestre », mais dont tout le monde espère qu’il puisse avant tout être effectué avant la ministérielle.

Le succès de l’introduction de Vega C et Ariane 6 ne garantira pas à lui seul l’autonomie d’accès à l’espace. Il faudra gérer la montée en cadence des deux lanceurs, surtout avec le retrait annoncé d’Ariane 5, prévu mi-2023 avec le lancement de la sonde Juice vers les lunes de Jupiter. Toutes les places ont été vendues sur les cinq Ariane 5 qui restent à lancer, et après cela, si Ariane 6 n’est pas disponible, il faudra envisager de basculer sur des lanceurs étrangers – Soyouz pour Ariane 62 – ou commerciaux pour Ariane 64.

Avant même d’avoir volé, onze lancements ont déjà été réservés sur Ariane 6 : cinq en version Ariane 62 (avec deux accélérateurs P120C) et six en version Ariane 64 (avec quatre P120C). Parmi ces derniers un sera un lancement dédié et les cinq autres des lancements doubles. La résolution signée par l’ESA début août 2021 permet de garantir qu’à partir de la quinzième Ariane 6, qui marquera la fin de la montée en cadence, quatre lancements institutionnels seront garantis chaque année sur une cadence prévue de sept vols par an.

Ariane 6 CTM
Campagne d’essais de la coiffe d’Ariane 6 à Kourou. Crédit : P. Baudon – ESA – Cnes – Arianespace – Optique Vidéo CSG.

Problème : le programme avait fixé un objectif de réduction de coût de 50 % par rapport à Ariane 5 en se basant sur une hypothèse – jugée raisonnable à l’époque – de onze vols par an. « Nous avons atteint et même dépassé ces objectifs », assure André-Hubert Roussel. Hélas, le marché étant morose, la cadence désormais attendue se traduira par un effet de série moins prononcé, et la réduction de 50 % avec moins de lanceurs produits n’est pas tout à faite atteinte. « Cela va nécessiter encore des efforts », reconnaît-il.

Cela passera notamment par une réduction des coûts structurels. Ainsi ArianeGroup a déplacé son siège social du prestigieux front de Seine dans le quinzième arrondissement de Paris vers son usine aux Mureaux. Les effectifs dédiés aux activités structurelles vont aussi être diminués, sur la base du départ volontaire, dans le cadre d’un accord négocié avec les partenaires sociaux.

Au total, 580 postes seront supprimés d’ici fin 2022 sur un effectif de plus 7 500 personnes, mais « il n’y aura pas de licenciement », rassure le patron d’ArianeGroup. Certaines personnes pourraient passer d’un emploi dans les activités structurelles vers un emploi opérationnel, ou bénéficier d’offre de mobilité à l’intérieur des sociétés-mères, Airbus et Safran.

Notre dossier : 2022, année charnière pour l’Europe spatiale

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