L’heure des comptes

Edito
S. Barensky. Crédit : C. Deligey - Aerospatium.

Quand l’Allemagne lâche les freins sur l’endettement – le sacro-saint Schuldenbremse – elle ne regarde plus vraiment à la dépense. Le 25 septembre, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a annoncé un investissement de 35 Md€ dans la défense spatiale d’ici 2030, avec des constellations pour l’alerte antimissile, la reconnaissance et les télécommunications, ainsi qu’un accès sécurisé à l’espace.

Cette annonce tombe au moment où les comptables des grands groupes Airbus, Thales et Leonardo tentent de donner un prix aux activités qu’ils pourraient mettre dans la corbeille d’un mariage arrangé dans le domaine des satellites. Cette approche comptable, à la recherche d’une mythique « taille critique », fait peu de cas de la valeur stratégique des compétences que cette union contrainte condamne à une rationalisation.

Depuis des années, Airbus Satellites et Thales Alenia Space ont offert à l’Europe une créativité technologique en ne se copiant pas l’un l’autre, mais en défrichant chacun sa propre piste. Certes, les marges ne sont pas au rendez-vous, mais le secteur ne s’y prête pas. En revanche, la situation sera bien pire si ces atouts disparaissent demain dans un élagage sans vision d’avenir.

Historiquement, la création de champions a toujours été un désastre. Que ce soit avec Deutsche Aerospace1 en 1998 ou ESNI2 en 2010, le seul vainqueur a été l’outsider OHB.

Que faudrait-il pour que les acteurs actuels perdurent sans fusionner ? Plus de marchés institutionnels. La décision de Berlin tombe à point nommé… si OHB n’en est pas le seul bénéficiaire et si d’autres capitales emboîtent le pas.

Ce qui vaut pour les satellites vaut aussi pour les avions de combat. Les mauvais ménages ne font pas de bons mariages.

1. Aujourd’hui dans Airbus DS Deutschland et ArianeGroup. 2. Mariage forcé entre Airbus et Thales, pour l’appel d’offres de la première génération de satellites Galileo.

AUCUN COMMENTAIRE