Coup de froid

Edito
S. Barensky. Crédit : C. Deligey - Aerospatium.

Chaque fois que je prends l’avion pour le Canada ou la côte ouest des États-Unis, que j’ai la chance d’être assis à un hublot, et que le ciel est dégagé, je ne manque pas d’admirer les côtes découpées de fjords du Groenland et je m’émerveille devant la beauté de ce territoire quasiment vierge et si paisible. Malheureusement, cela risque de ne plus être bientôt qu’un souvenir du passé.

Le changement climatique menaçait déjà l’inlandsis d’une fonte rapide dont la débâcle pourrait donner un coup d’arrêt au Gulf Stream auquel l’Europe doit la clémence de son climat. En ouvrant le passage du Nord-Ouest, il attise les convoitises des grandes puissances pour un territoire qui serait le gardien d’un nouveau grand détroit stratégique. En dégelant son sol, il en fait aussi un nouvel Eldorado minier.

À Washington, le locataire de la Maison Blanche s’est lancé dans une partie de Risk sur la région. Il la contrôle déjà par le jeu des alliances, mais – comme il l’a avoué dans un entretien au New York Times – il veut posséder le Groenland de manière pleine et entière car cela serait « psychologiquement nécessaire à sa réussite ». Peu importe que les habitants s’y opposent ou qu’il faille pour cela se brouiller avec un de ses plus fidèles alliés européens. De toutes façons, comme il l’a expliqué dans sa stratégie nationale en décembre, l’Europe est vouée à disparaître sous les flux migratoires. Autant se repaître de suite de ses restes.

Contrôler le Groenland s’est aussi encercler le Canada, dont l’annexion ferait des États-Unis le plus grand pays du monde devant la Russie. Que l’Otan prenne au passage des airs de Pacte de Varsovie n’est qu’un détail.

Pour débarquer ses soldats à Nuuk, l’Europe a utilisé des C-130 Hercules, preuve que sans logistique américaine l’Otan n’est qu’une idée. L’UEO (Union de l’Europe Occidentale) a été dissoute en 2011. Faudra-t-il la recréer ?

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