Notre société moderne fonctionne, et parfois dysfonctionne, sur la base d’éléments qui n’ont que la valeur qu’on leur prête. L’exemple classique est la monnaie. Sans valeur intrinsèque, elle n’est qu’une unité d’échange depuis que l’abandon de la convertibilité du dollar en or en 1971. On appelle cela « l’effet Clochette », en anglais « Tinkerbell effect », du nom du personnage de Peter Pan qui dispense une « poudre de fée » dont les effets magiques ne s’appliquent qu’à ceux qui y croient. Et tant que l’intérêt général est d’y croire, le système se perpétue.
Le capitalisme boursier fonctionne comme cela. La valeur des entreprises ne dépend que marginalement de ce qu’elles réalisent et plus largement de l’attractivité de ce qu’elles promettent. La folie qui s’est emparée du Nasdaq à l’entrée en Bourse de SpaceX en est un illustration parfaite. Le « storytelling » crânement dispensé par Elon Musk depuis vingt ans porte ses fruits, avec sa surenchère permanente qui empêche d’évaluer posément la réalité et la pertinence des annonces précédentes. Sa communication s’apparente à la doctrine militaire de « Shock and awe » (« Choc et stupeur »), qui consiste à écraser rapidement l’adversaire pour l’empêcher d’appliquer toute stratégie.
Ce qui s’applique à la Bourse s’applique aussi aux armées. Le potentiel militaire est à la base des équilibres stratégiques, mais qu’une armée surpuissante soit tenue en échec, et le château de cartes s’effondre. La Russie en a fait l’amère expérience en Ukraine et le refus américain de l’engagement au sol en Iran tient de l’automutilation. La Chine, prudente, montre régulièrement les muscles mais s’est bien gardée de toute aventure extérieure depuis son fiasco au Vietnam en 1979. Sa puissance n’est crédible que tant qu’elle ne sert pas.
Elon Musk promet beaucoup au risque de beaucoup décevoir, car peu importe sa valeur potentielle instantanée, la roche Tarpéienne n’est jamais très loin.










