Le temps de l’évasion

Edito
S. Barensky. Crédit : C. Deligey - Aerospatium.

Les Européens sont des privilégiés sur cette planète. Ils vivent pour la plupart dans des pays peu étendus et très bien desservis par un réseau ferroviaire relativement omniprésent, entretenu et bien maillé. Ils peuvent le plus souvent suivre des études de qualité, trouver un emploi et visiter leur famille sans avoir à changer de fuseau horaire ou de continent. Il leur est donc d’autant plus facile de fustiger l’avion comme un moyen de transport non-écologique, qu’ils peuvent aisément s’en passer.

Il est aussi de bon ton de dénigrer un transport aérien qui ne serait réservé qu’aux « riches » et ne servirait qu’au plaisir de sybarites inconscients du malheur généralisé.

Que l’on quitte l’Europe et la perspective change. L’avion est souvent le seul moyen de voyager, faute d’infrastructures au sol, qui seraient d’autant plus coûteuses qu’elles devraient s’étendre sur des distances colossales et demanderaient un entretien soutenu. Les avions sont remplis de familles, d’étudiants, d’expatriés. Ils connectent le monde et permettent les échanges. De l’émigration au tourisme, ils donnent accès à d’autres modes de vie et amènent à relativiser son propre quotidien. La grand-messe quadriennale de la Coupe du Monde illustre ces rencontres interculturelles pacifiques, qui se jouent des murs que certains veulent ériger. Les avions passent au dessus.

L’an prochain, Qantas et Airbus mettront les antipodes à un coup d’aile. Dans le même temps, avionneurs et motoristes travaillent d’arrache-pied à réduire leur empreinte carbone. Les premiers à y parvenir seront sûrement ceux du secteur de l’aviation d’affaires. Loin de l’image d’Épinal à laquelle on aimerait le réduire, celui-ci ne sert que très marginalement au déplacement de riches parvenus. Il est surtout le moyen par lequel les décideurs économiques et politiques arrivent frais et dispos à la table des négociations. Et comme leurs enjeux sont importants, ils ne rechignent pas à payer le surcoût de l’aviation verte.

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